La guerre énergétique s’intensifie, le pétrole sous pression

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Depuis le début de semaine, la guerre contre l’Iran est revenue vers une phase d’escalade directement concentrée sur les infrastructures pétrolières, les navires et les points de passage maritimes. Le Brent a dépassé 105 dollars le baril jeudi, sous l’effet d’une multiplication des attaques dans le golfe Persique et de l’avancée des Houthis vers Bab el-Mandeb. On va résumer tout ça.

Les États-Unis ont coulé cinq pétroliers iraniens après deux tentatives des Gardiens de la révolution de frapper un bâtiment de guerre américain avec des missiles balistiques, et les US affirment désormais avoir frappé dix pétroliers iraniens sur la semaine et assume une doctrine de représailles dans laquelle toute tentative contre ses bâtiments militaires peut entraîner la destruction de capacités d’exportation pétrolières iraniennes. Trump est prêt à poursuivre les frappes contre les capacités nucléaires iraniennes s’il estime que l’Iran les reconstruit, et à très court terme, la menace explicite porte surtout sur Pickaxe Mountain.

L’Iran a répondu en revendiquant des tirs contre dix navires autour du détroit d’Ormuz, dont deux bâtiments américains et huit pétroliers. Toutes les revendications iraniennes ne sont pas confirmées, mais plusieurs dommages sur la flotte marchande sont établis. Le Hercules Star a été touché au mouillage au large de Dubaï , un marin a été tué et un autre est porté disparu. Le New Andros, transportant environ deux millions de barils de fuel irakien, a été frappé par un drone dans les eaux irakiennes et a pris feu, les 22 membres d’équipage sont indemnes et l’Irak fait état de dommages limités sur la coque, sans fuite de cargaison. UKMTO a parallèlement signalé plusieurs navires marchands rendus non navigables par des tirs dans le nord du Golfe et le golfe d’Oman.

L’échange s’est également déplacé vers les installations américaines au sol, une vingtaine de missiles iraniens ont été tirés contre la base de Muwaffaq Salti en Jordanie. Les défenses jordaniennes en ont intercepté dix-huit, mais des appareils américains présents sur la base ont été endommagés : un A-10 Thunderbolt a notamment perdu une aile et environ huit F-15 ont subi des dommages légers avant de pouvoir être remis en service.

À Ormuz, la situation se tend, les navires coupent tous leurs AIS.

Mais la situation commence aussi à devenir compliquée à Bab el-Mandeb, les Houthis ont pris le contrôle de Mocha sur la côte occidentale du Yémen, attaquent les îles Hanish et repoussent les forces soutenues par l’Arabie saoudite vers Dhubab, directement située sur le détroit face à l’île de Perim. Le contrôle de Dhubab et de Perim leur donnerait une capacité beaucoup plus importante pour contraindre la navigation entre la mer Rouge et le golfe d’Aden. Les Houthis ont déjà déclaré un blocus naval contre l’Arabie saoudite. Ils ne contrôlent cependant pas actuellement Bab el-Mandeb : 28 navires transportant des matières premières l’ont encore franchi mercredi, soit un trafic proche de sa moyenne récente, mais on peut craindre que ça change très bientôt. Les Houthis affirment que des frappes saoudiennes ont touché Al Jawf, Marib, Saada, Taiz et Hodeidah. Riyad n’a pas confirmé ces opérations. Dans l’autre sens, les attaques houthies par drones et missiles contre le sud de l’Arabie saoudite ont visé des infrastructures civiles et économiques et ont fait 73 blessés selon les autorités saoudiennes.

La progression vers Bab el-Mandeb est particulièrement sensible pour Riyad puisque l’Arabie saoudite utilise davantage son terminal de Yanbu, sur la mer Rouge, afin de contourner Ormuz. Mais si même cette solution alternative ne fonctionne plus, que va-t-il se passer ? L’Arabie Saoudite annonce une production à −23,3 % en un mois, le plus bas niveau mensuel depuis 1990.

Le rapport mensuel de l’OPEP d’ailleurs publié ce jeudi ajoute une dimension importante à cette situation puisque l’organisation a de nouveau abaissé sa prévision de croissance de la demande mondiale de pétrole pour 2026, de 580 000 à 380 000 barils par jour, soit une cinquième révision baissière consécutive, à cause de l’accès au pétrole déjà mais surtout à quel prix, puisque l’étude de ce mois montre à quel point la guerre perturbe l’offre à l’intérieur même de l’OPEP.

Donc dans ce contexte, on voit ce qu’on a déjà constater en rebond inflationniste pour cet été et on reste également dans une situation front-to-month.

Le rebond du PPI américain en août 2026 s’explique principalement par une remontée des coûts de production liés à l’énergie, après deux mois de baisse des prix des biens.

Au sein de l’administration américaine, l’hypothèse d’un conflit avec l’Iran se prolongeant pendant plusieurs années est désormais intégrée aux scénarios de travail, selon ce qu’on lit chez le Wall Street Journal, plusieurs hauts responsables, parmi lesquels J.D. Vance et Marco Rubio, ont averti Donald Trump que Téhéran pourrait conserver suffisamment de capacités économiques, militaires et institutionnelles pour résister durablement à la pression exercée par Washington, avec dans les scénarios les plus défavorables étudiés par l’exécutif américain la confrontation pourrait se maintenir jusqu’à la fin du mandat présidentiel de Donald Trump, en janvier 2029, voire se poursuivre au-delà.

Ça traduit l’incertitude qui demeure autour de la capacité des États-Unis à provoquer rapidement une modification du calcul stratégique iranien par la seule combinaison de sanctions, de restrictions commerciales, de pression maritime et de frappes militaires. Pour l’instant, on le constate, mais les USA manque cruellement d’efficacité sur les embargos et sanctions pour dissuader les guerres et conflits, déjà par la Russie, qui n’a jamais vraiment été dans l’incapacité de financer sa guerre, et maintenant l’Iran, bien que ce deuxième soit infiniment plus touché économiquement.

Donald Trump continue pourtant d’affirmer que les capacités iraniennes ont été fortement dégradées et que le régime ne dispose plus d’une marge importante pour prolonger la confrontation et a notamment déclaré que la guerre pourrait prendre fin rapidement après les élections américaines de mi-mandat de novembre 2026. Il faudrai un miracle pour que cela se produise, et pour le moment rien ne semble aller dans ce sens, puisque la stratégie américaine repose désormais largement sur une logique d’épuisement économique de l’Iran. Le département du Trésor, sous l’autorité de Scott Bessent, conduit une campagne désignée sous le nom d’”Operation Economic Outcast”, destinée à approfondir l’isolement financier et commercial de Téhéran. Les bombardements reprennent, mais c’est justement pour continuer de présenter à l’Iran une sorte de capacité de réponse.

Dans les faits, le Pentagone adapte progressivement son dispositif à cette possibilité de siège moyen / long-terme, avec plusieurs déploiements américains dans la région qui ont été prolongés jusqu’en 2027, tandis que les forces engagées doivent être régulièrement renouvelées.

Donc oui, dans l’état actuel, le baril de pétrole est encore dans une configuration de record possible. Le gouvernement sud-coréen a envoyé aux Émirats arabes unis une équipe composée de responsables des ministères de la Défense et des Affaires étrangères. Cette mission a inspecté les conditions de sécurité et surtout les conditions opérationnelles d’un éventuel engagement sud-coréen autour du détroit d’Ormuz : bases militaires, ports, logistique et environnement régional. L’équipe est rentrée en Corée du Sud ce jeudi 10 septembre et doit transmettre ses conclusions au National Security Council, en sachant qu’à la base, 61 % des importations sud-coréennes de pétrole brut et 54 % de ses importations de naphta transitaient par Ormuz, c’est la même situation que le Japon en terme d’exposition.

Donald Trump a par ailleurs précisé explicitement que la Guerre avec l'Iran ne s'arrêterait pas avant les midterms. Au moins 2 mois de conflit sont donc encore à prévoir...

À suivre demain pour le CPI US.

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