La Turquie révoque la licence de la banque iranienne Mellat, sous sanctions
La Turquie, sous pression américaine croissante, a révoqué la licence de la banque iranienne Mellat, une entité semi-privée sujette depuis des années à des sanctions occidentales, énième coup porté au système bancaire de Téhéran.
Prise par l'Agence turque de réglementation bancaire, la décision intervient deux semaines après que Washington a imposé des sanctions à une banque turque pour ses liens présumés avec le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien (IRGC).
Elle coïncide également avec le voyage du président turc Recep Tayyip Erdogan aux Etats-Unis cette semaine. Il devrait s'entretenir avec le président américain Donald Trump, en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies.
Basée à Téhéran, la Banque Mellat est soumise à des sanctions américaines, européennes et britanniques pour son "soutien financier au gouvernement iranien", selon OpenSanctions, un site spécialisé, qui précise que l'Etat iranien est le principal actionnaire de la banque.
Elle est l'une des plus grandes banques commerciales iraniennes, mais aussi l'une des plus anciennes. Fondé en 1980, l'établissement compte plus d'un millier d'agences en Iran.
L'Agence turque a motivé sa décision par l'article 71b de la loi bancaire, qui précise qu'une banque peut être révoquée si son activité "constitue une menace pour les droits des déposants et des porteurs de parts de fonds, ainsi que pour la sécurité et la stabilité du système financier".
L'institution bancaire a été soumise à plusieurs reprises à des sanctions occidentales en lien avec le programme nucléaire iranien, dont Téhéran a toujours nié l'existence.
Ces sanctions avaient été levées dans le cadre de l'accord international conclu à Vienne en 2015. Mais les Etats-Unis de Donald Trump s'en étaient retirés unilatéralement en 2018.
La banque avait ensuite été frappée de sanctions des Etats-Unis et de pays du Golfe en 2019, après avoir été désignée comme l'une des 25 entités liées aux Gardiens de la révolution, l'armée idéologique de la République islamique.
La décision de la Turquie samedi porte un coup supplémentaire au secteur bancaire iranien, déjà privé d'accès au système financier mondial par des décennies de sanctions internationales.
Et elle intervient alors qu'Ankara est soumise à une pression américaine croissante pour remettre de l'ordre dans ses flux bancaires et financiers, en pleine "guerre économique" américaine contre l'Iran.
- "Se tenir à l'écart des sanctions" -
Le 4 septembre, le département du Trésor américain avait imposé des sanctions à la Golden Global Bank de Turquie, là encore pour des liens présumés avec les Gardiens de la Révolution. La banque turque avait nié ces accusations.
Le ministre turc des Finances, Mehmet Simsek, avait pour sa part affirmé que son pays était déterminé "à lutter contre le financement du terrorisme et toute forme d'activité de financement illicite".
Il avait aussi exhorté les entreprises turques à "veiller à se tenir à l'écart des sanctions".
Washington a aussi récemment imposé des sanctions à 36 entités, dont trois sociétés turques de services au sol, pour avoir coopéré avec Mahan Air, une compagnie aérienne civile accusée de soutenir les Gardiens.
Mahan Air a déclaré cette semaine qu'elle suspendrait tous ses vols à destination de la Turquie à partir du 21 septembre, à la demande des autorités turques, selon l'agence de presse iranienne ISNA.
L'Iran est en guerre depuis fin février, date à laquelle les États-Unis et Israël ont lancé une campagne de bombardements surprise qui a tué le guide suprême de la République islamique, l'ayatollah Ali Khamenei.
Et le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a menacé de graves conséquences les pays qui ne se joindraient pas à la "guerre économique" menée par Washington.